Stéphane.
WebTerminé

Badbox, devenu BoxBingo — vendre aux enchères les box que plus personne ne paie

Le principe de Storage Wars appliqué au garde-meuble français. Tout ce qui était technique s’achetait sur étagère ; ce qui manquait ne se vendait nulle part.

Technologies employées

  • WordPress 5.3
  • WooCommerce
  • WooCommerce Simple Auctions
  • iBid
  • WPBakery Page Builder
  • Revolution Slider
  • PHP
  • MySQL

Dans les garde-meubles, une part des box cesse d’être payée. Le locataire disparaît, le loyer s’arrête, et l’exploitant se retrouve avec un volume qu’il ne peut ni louer ni vider. Aux États-Unis, cette situation a produit un marché, et même des émissions de télévision : le contenu du box part aux enchères, en bloc, à qui veut parier sur ce qu’il contient.

En décembre 2019, j’ai voulu porter ce modèle en France sous le nom de travail Badbox, devenu BoxBingo au moment de dessiner le logo. Le site a été mis en ligne. Je n’en ai gardé ni capture, ni base, ni archive — ce qui suit s’appuie donc sur le dossier de décembre 2019, et dit franchement où ce dossier s’arrête.

L’idée, prise à la télévision américaine

Le principe est celui des émissions américaines d’enchères de garde-meubles, connues en France sous le titre Enchères à tout prix : passé un délai d’impayé, le contenu d’un box est vendu en bloc et à l’aveugle. L’acheteur voit le box ouvert depuis le seuil, quelques minutes, sans entrer ni fouiller. Il mise sur une silhouette : des cartons empilés, un meuble sous une bâche, une forme reconnaissable au fond.

Ce qui rend le modèle intéressant n’est pas le spectacle, c’est l’asymétrie qu’il résout. L’exploitant n’a aucun moyen de valoriser ce volume : il n’est ni brocanteur, ni commissaire-priseur, et son métier consiste à louer des mètres cubes vides. L’acheteur, lui, sait revendre. La vente aux enchères met les deux en présence sans obliger le premier à devenir le second.

Le modèle, en une boucle

Cycle d’un box de stockage abandonné, de l’impayé à la relocation Un locataire cesse de payer son box ; passé le délai contractuel, le garde-meuble constate l’abandon. Le contenu du box devient un lot confié à la plateforme BoxBingo, bâtie sur WordPress et WooCommerce. La plateforme organise l’enchère et adjuge le lot à un acheteur, en prélevant une commission. L’acheteur règle puis vide le box dans un délai fixé. Le box, redevenu vide, repart à la location auprès d’un nouveau locataire : la boucle se referme.locataireun box, un loyergarde-meubleconstate l’abandoncesse de payer · délai contractuel dépasséBoxBingoWordPress · WooCommercecommission sur adjudicationle contenu du boxdevient un lotacheteurenchérit sans tout voiradjudicationbox vidéde nouveau louablerègle, puis vide le box dans le délai fixéreloué à unnouveau locataire
La plateforme ne possède aucun des lots qu’elle vend. Ce que le garde-meuble cherche au bout de la boucle n’est pas le produit de la vente, c’est un box vide.

Le point que ce schéma doit rendre évident est le sens de la boucle. Un garde-meuble ne met pas un box en vente pour gagner de l’argent sur son contenu — ce contenu ne lui appartient pas et ne vaut, la plupart du temps, pas grand-chose. Il le fait pour récupérer un box vide, c’est-à-dire un box qu’il peut relouer le mois suivant.

Cela change tout pour la plateforme. Son client n’est pas l’acheteur qui rêve d’un trésor : c’est l’exploitant qui veut un local libéré, proprement, sans y passer de temps et sans risque juridique. La promesse à tenir n’est donc pas « faites une bonne affaire », mais « votre box sera vide le 30, et vous n’aurez rien à faire ».

Ce que la plateforme apportait déjà

L’arbitrage technique a été rapide, et je le referais. Un moteur d’enchères est un objet coûteux à écrire correctement — enchère automatique, prix de réserve, prolongation de dernière minute, remise en vente — et il en existait un, éprouvé, à quelques dizaines d’euros.

BriqueFournie parCe qu’il restait à produire
Catalogue, panier, paiementWooCommerceRien
Moteur d’enchèresWooCommerce Simple Auctions, version d’octobre 2019Rien
Vitrine multi-vendeursThème iBid 1.1.3, ModelThemeRien
Mise en page, carrouselWPBakery Page Builder, Revolution SliderRien
Identité visuelleFait maisonLogo et trois pictogrammes — livrés
Les lots eux-mêmesRienPhotographier, décrire et estimer chaque box
Le cadre de la venteRienLa procédure légale, les conditions, l’assurance
La confianceRienConvaincre de miser sur un contenu qu’on ne peut pas voir

Les quatre premières lignes se règlent avec une carte bancaire. Les quatre suivantes sont le projet.

Le cycle de vie d’une enchère, lu dans les courriels

Le greffon d’enchères se lit bien par ses notifications : douze modèles de courriel, un par situation. C’est une bonne façon de mesurer ce qu’une brique sur étagère prend réellement en charge.

MomentCourrielCe qu’il règle
Une enchère est poséeauction-bid, outbid-noteConfirme au posant, prévient celui qui vient d’être dépassé
La clôture approcheauction-closing-soonRamène les enchérisseurs dans la dernière ligne droite
Le lot est adjugéauction-wining, auction-finishedPrévient le gagnant, clôt la vente
Le prix de réserve n’est pas atteintcustomer-reserve-failedDit à l’enchérisseur qu’il a la meilleure offre, mais pas le lot
Personne n’a miséauction-failed, auction-relistConstate l’échec et remet le lot en vente
Le gagnant ne règle pasauction-reminde-to-payRelance, puis remet automatiquement le lot en vente

Le paramétrage produit va dans le même sens : enchère automatique par procuration, enchère sous pli fermé, prix de réserve, incrément minimal, état du lot, achat immédiat, journal des enchères, remise en vente programmée.

Ce que j’ai réellement dessiné

Sur l’ensemble du dossier, ce qui est de moi tient en quatre fichiers : un logo et trois pictogrammes numérotés qui décrivent le parcours d’un acheteur.

Planche sur fond gris anthracite : en haut le logo BoxBingo — un carton beige et une horloge, « Box » en blanc et « Bingo » en rouge ; en bas trois pictogrammes blancs numérotés en orange, un formulaire avec un stylo pour « Inscription gratuite », un marteau de commissaire-priseur pour « Enchérir et gagner », un feu d’artifice pour « Régler et profiter ».
Les seuls éléments dessinés pour le projet, tels qu’ils sont sur le disque. Le fond sombre est ajouté ici : les tracés sont blancs sur transparent, et le logo est illisible sur fond clair.

Ces trois pictogrammes disent quelque chose du projet : le parcours avait été pensé du point de vue de l’acheteur, jusqu’au feu d’artifice de la troisième étape. Le garde-meuble, lui — celui qui apporte les lots et sans qui il n’y a pas de site — n’apparaît nulle part dans cette séquence.

Deux détails du dossier valent d’être notés parce qu’ils datent l’état d’avancement. Le logo est en blanc sur transparent : posé sur le fond clair du thème, la moitié du nom disparaît. Et l’archive de maquette téléchargée le 6 décembre 2019 ne contient que la démonstration par défaut de l’outil — du faux texte latin et l’adresse de Twitter à San Francisco. L’outil a été ouvert, puis abandonné au profit du thème acheté.

Le mur : ce qui ne s’achète pas

Le socle technique était en place en quelques heures. Les trois obstacles réels étaient ailleurs, et aucun ne se règle avec un greffon.

Le cadre juridique. En France, les biens laissés dans un box ne deviennent pas la propriété de l’exploitant parce que le loyer n’est plus payé. Leur vente relève d’une procédure encadrée : mise en demeure du locataire, puis autorisation judiciaire, la vente elle-même étant conduite par un officier public habilité. Une plateforme privée ne peut donc pas se substituer à cette procédure ; au mieux, elle en devient la vitrine. C’est un point que je décris ici de mémoire et par raisonnement, et qu’il faudrait faire confirmer par un professionnel avant toute reprise du projet — mais il suffit à expliquer pourquoi le modèle américain ne se transpose pas tel quel.

L’approvisionnement. Sans accord avec des exploitants, il n’y a pas de lots, donc pas de site. Or c’est l’exploitant qui prend le risque juridique en confiant le box, pour un gain modeste. Le premier travail n’était pas de développer, c’était de convaincre un réseau de garde-meubles.

La confiance de l’acheteur. Le modèle repose sur le fait de miser sur ce qu’on ne voit pas. À la télévision, le suspense fait le spectacle. Sur un site, il fait le doute — et il faut compenser par des photographies honnêtes, un inventaire sommaire vérifié, une politique de recours claire. C’est un travail éditorial permanent, lot par lot.

Enseignements

  1. Acheter le moteur d’enchères plutôt que l’écrire était le bon arbitrage : le socle a coûté quelques heures et quelques dizaines d’euros, sur un problème qui aurait pris des mois.
  2. Quand la partie technique s’assemble en une journée, ce n’est pas que le projet est simple — c’est que la difficulté est ailleurs, et qu’on ne l’a pas encore regardée.
  3. Identifier le vrai client avant de dessiner le parcours : les trois pictogrammes racontent l’acheteur, alors que sans les exploitants de garde-meubles il n’y a pas un seul lot à vendre.
  4. Un modèle importé se heurte d’abord au droit local, pas à la technique. La vente du bien d’autrui est encadrée, et cette contrainte se vérifie avant d’acheter un thème.
  5. Un logo blanc sur transparent n’est pas une identité tant qu’il n’a pas été posé sur le fond réel du site — ce genre de détail se découvre à l’intégration, jamais dans le fichier source.

BoxBingo est le projet où j’ai le mieux mesuré la différence entre monter un site et monter une activité. Le site existait ; il était même correct, servi par des briques éprouvées que je n’aurais pas su écrire aussi bien. Ce qui manquait n’avait pas de version téléchargeable : un accord avec des exploitants, une procédure de vente valable, et des acheteurs prêts à miser sur une porte fermée.